Jeudi 22 avril 2010 4 22 /04 /Avr /2010 19:11

SORTIE DVD - 

http://www.premiere.fr/var/premiere/storage/images/cinema/sorties-dvd/fiche-dvd/canine/32523716-3-fre-FR/Canine_fichefilm_imagesfilm.jpg

CANINE - de Yorgos Lanthimos (Grèce - 2009) 


En quelques plans, le cinéaste grec Yorgos Lanthimos dont c'est ici le second film instaure un climat opressant, pesant, distant. 

La réalisation est implacable mélangeant efficacement fixité et légèreté. Les rares mouvements sont calculés au millimètre fécondant la rigidité de l'espace. Tout se passe en intérieur ou presque. Une maison, une piscine et une famille de 5 personnes. Un fils, deux filles, la mère et le père. 

Une famille enfermée dans une bulle microscopique, un univers surréaliste dans lequel les choses ne sont pas ce qu'elles sont et ne s'appellent pas comme elles s'appellent. 

C'est l'histoire bouleversante, tragique, amère et follement drôle d'un cocon familial qui refuse de vivre avec son époque. L'éducation n'existe pas, ou plutôt, l'apprentissage logique de la vie, des connaissances indispensables à l'évolution dans la société sont cachées, erronées, chamboulées. Et si nos parents ne nous avaient rien appris ? Et si la société n'était pas en réalité celle que l'on croit ? 

Car ici rien ne permet à cette famille hors norme de vivre en société. Les parents n'ont jamais appris à leurs enfants (devenus adultes depuis) les règles de base de la vie en communauté, la signification des codes, la synthaxe des mots, la définition même des objets. 

Qu'est-ce qu'un téléphone ? Les enfants ne le savent pas. Ni même ne savent reconnaître un Zombie. "Un zombie est une petite fleur jaune" dira la mère à son grand fils lorsqu'il lui posera la question. 

Voilà une société en marge de la réalité, celle d'une famille qui vit loin de tout, isolée. 

Le cinéaste offre à réfléchir sur le système tout entier. La place du discernement, fondamental à tout Homme.

Le film choisit la voie de l'absurde pour imprégner ses séquences d'humour. Un humour froid, glacial et sordide. Un humour qui nous fait sourire, rire aux éclats tout en offrant à réflechir sur son vrai sens. Le rire est nerveux en réalité car l'ignorance dont il est question ici n'appartient logiquement pas à la comédie. 

C'est aussi la renaissance du surréalisme. Comme dans "Le Charme discret de la Bourgeoisie" de Luis Bunuel, les situations du quotidien sont improbables, impossibles. Chaque plan n'a pas le sens de ce qu'il montre mais de celui qu'on lui donne. C'est le père qui agit, c'est lui qui signifie ce qui se passe au détriment de la réalité. 

Une salière devient un téléphone. Le mot n'appartient donc plus à son vrai sens et cela altère le discernement des enfants. 

Le film pose les vraies questions de ce monde. L'ignorance est le poison de la libre pensée, des libres actes. Voilà un film inquiétant, totalement fou mais d'une précision à couper le souffle. 

Un très grand cinéaste vient de naître. 

 

Éditions MK2 - Prix public conseillé: 19,99 €

 

Complément d'analyse:

 

Analyse sur un point:  La chronique de Mike 

Le père, la mère et leurs trois enfants vivent dans les faubourgs d'une ville. Leur maison est bordée d'une haute clôture. Les enfants n'ont jamais franchi la clôture. Leur éducation, leurs loisirs, leurs amusements, leur ennui, leur entraînement physique se conforment au modèle imposé par les parents, en l'absence de toute empreinte du monde extérieur. Les enfants pensent que les avions qui volent au-dessus de la maison sont des jouets et les zombies, des petites fleurs jaunes. Une seule personne a le droit de s'introduire chez eux : Christina, qui travaille comme agent de sécurité dans l'usine du père. C'est pour satisfaire les pulsions sexuelles du fils que le père fait venir Christina. Dans la famille, tout le monde l'adore, l'aînée des filles surtout. Un jour, Christina lui offre un serre-tête qui scintille, s'attendant à recevoir quelque chose en retour. 

Je voudrais revenir sur la notion de discernement car elle me semble primordiale. Lorsque Christina offre le serre-tête à l'une des deux filles, elle demande en retour qu'elle lui fasse un cunnilingus. La séquence est à la fois drôle et troublante car celle-ci s'exécute sans considérer son acte. Elle ne voit aucune objection à faire cette chose là car elle n'en connaît ni la portée ni la signification. 

Ce qui apparaît comme un acte sexuel devient ici une simple formalité par ignorance, sans qu'aucune question ne soit posée. 

La gravité d'une telle représentation banalisée invite à la réflexion poussée de la notion de discernement et d'apprentissage des codes de la société. 

Lanthimos appuie considérablement son récit de sorte à initier cette réflexion. 

C'est ce danger là qui est présenté dans ce film par le truchement de la mise en scène, un danger constant provoqué par la méconnaissance des codes logiques du monde moderne. 

Les jeux absurdes auxquels s'adonnent les frères et soeurs témoignent de ce danger imminent. S'amuser à rester le plus longtemps sous l'eau jusqu'à la quasi asphyxie, garder le doigt sous l'eau chaude le plus longtemps possible ou respirer un mouchoir imbibé de chloroforme sont autant de jeux absurdes, comme celui du foulard, bien connu des cours de récréation scolaires. 

L'empreinte de la société est vitale, primordiale. La reconnaissance des codes devrait être une obligation pour tous, ne fût-ce que pour permettre le libre arbitre, la mesure du danger, l'auto-gérance. 

Lanthimos questionne, écorche à vif cette éducation dans un système parfois inadapté. Cette famille qui vit isolée n'a t-elle pas elle-même acceptée le sort offert aux enfants comme une réponse à un danger de la réalité sociétale ? Pourquoi avoir mis en place un tel enseignement aux enfants si ce n'est par désaveux d'un modèle ? 

Finalement il est question de ça et d'autre chose chez Lanthimos. un grand grand film qui pose un regard à la fois lucide et coriace, inquiétant et nécessaire. 

Par Michael Kuntz

 


Par Michael Kuntz - Publié dans : DVD
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Dimanche 18 avril 2010 7 18 /04 /Avr /2010 16:31

http://www.notre-planete.info/actualites/images/catastrophes/fumee_Eyjafjoll.jpg

 

Nous ne pouvons pas faire grand chose lorsque la nature décide de parler à notre place. C'est toute la supériorité de celle-ci sur nous, pauvres êtres humains, impuissants, amorphes.

La terre a tremblée, en Chine récemment et en Islande un peu avant provoquant l'éruption d'un volcan.

Deux conséquences dramatiques à deux niveaux d'échelle.

Premier niveau atteint en Chine à quelques encablures du Tibet. Plus de mille morts, des dégâts considérables et une nouvelle plaie béante pour l'humanité. Encore cette terre qui se vide de sa colère faisant couler le sang à flot et n'épargnant personne. Et, comme si c'était écrit dans les prophéties les plus anciennes, déverse son agonie dans un pays ou la richesse n'est pas de mise. 

C'est à chaque fois le cas, ce le fut pour Haïti ,pour le Sri Lanka et tant d'autres.

Le second niveau se situe en Islande. Après le choc de la bourse, la faillite, l'éruption d'un volcan, le Eyjafjöll, finit d'achever ce pays resté longtemps prospère, niché à une centaine de kilomètres sous le Groenland. 

C'est un peu comme si la roue n'avait pas encore finie de tourner, préférant poursuivre son triste sort.

Évidemment dans le premier cas, les cadavres se ramassent à la pelle tandis que de l'autre, le pire est évité. Si l'on considère que la paralysie des nombreux aéroports du nord de l'Europe ne sont pas eux aussi, à leur échelle, une tragédie.

Les deux cas préfigurent de la difficulté que l'on a à prévoir les événements, la difficulté de l'état d'urgence et révèle surtout l'asphyxie qui condamne les moyens technologiques. 

Le 21ème siècle et son incroyable évolution revenu au temps des cathédrales avec cette immobilité imprévue. 

Voilà le revers de la médaille, lorsque les liens rompent d'avec les habitudes transformant des comportements, dévisageants les sourires les plus optimistes.

La dure loi de la nature et son imprévisible sort suspendu au-dessus de toutes le têtes de notre belle planète.

Au fond, malgré tout, nous sommes tous égaux et voués à la pire des punitions: la nature.

 

par Michael Kuntz


Par Michael Kuntz - Publié dans : Actualités
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Mercredi 14 avril 2010 3 14 /04 /Avr /2010 10:37

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/6/4/1/9782290022146.jpg

Il est des livres dont le contenu apparaît comme autant de guérisons à des maux profonds inscrits sur des lignes couchées sur une feuille de papier blanc. 

Chez Kersauson, les maux sont figés dans l'océan et les mots accouchés sur une succession de pages admirables, belles comme la mer, formant une vague envoûtante appelée "Ocean's songs", disponible à la vente depuis un mois chez Arthaud Poche dans son format pocket et au cherche midi dans son format document. 

Kersauson, en vieux loup de mer, raconte son parcours en toute modestie, se venge de ses douleurs maritimes infligées par l'océan indien, entre autre, dont il ne vante ni la beauté ni la douceur, mais à contrario s'exprime sur le sort pitoyable qu'il lui a trop souvent infligé par le passé, lors des étapes autour du monde en monocoque. 

"L'indien" comme le marin se plaît à le surnommer lui en fait baver, pour autant, il ne le déteste pas.

Kersauson développe son sujet avec un vocabulaire soigné qui lui appartient, lui qui connaît tant son métier, lui qui à tant à raconter.

Tout le livre repose sur des récits, des anecdotes, des souvenirs enfouis qui refont surface avec une sagesse noble, épurée, domptant les mots avec une poésie âpre, salée, élégante.

À partir de petites histoires chapitrées comme des nouvelles, le livre se lit d'une traite, sans réfléchir, avec un fond de musique pour se détendre. 

L'idéal serait de le lire sur un bateau tant les phrases s'apparentent au flot des vagues.

On en entendrait presque le bruit des mouettes et de l'eau qui frappe sur les rochers des côtes de l'Atlantique.

Un livre remarquable, envoûtant, écrit avec passion et sobriété.

 

Ma note: 5/5

 

Par Michael Kuntz - Publié dans : Littérature
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Mardi 13 avril 2010 2 13 /04 /Avr /2010 17:52

La Porte - par Michael Kuntz

 

 Je suis devant une porte fermée. Une grande porte blanche dont la seule ouverture se trouve au niveau de la serrure. Aucune clé n’obstrue le petit trou, je peux m’y approcher et y glisser mon œil pour observer l’autre côté. Je ne distingue pas grand chose, à peine quelques mouvements, un halo de lumière et la perspective d’un monde gigantesque derrière.

 

J’essaye d’ouvrir la porte, passer de l’autre côté mais celle-ci reste bloquée. Je force un peu, peut-être est-elle juste un peu délicate à ouvrir, mais non, impossible.

 

Après plusieurs tentatives infructueuses, je préfère m’agenouiller devant la serrure, j’essaye de comprendre la vie qui se dessine derrière l’œilleton à partir des bribes d’images que je devine, je me plonge dans un rêve en étant semi-conscient. (...)

 

(...) Je marche de longues heures et je retrouve le lieu. Un checkpoint pour rester en vie. Je m’agenouille, me lave le visage et avale une gorgée d’eau.

 

Je respire un grand coup et je pose mon regard sur l’horizon gigantesque qui se dresse devant moi. Il fait chaud, je n’entends que le silence, bourdonnant à mes oreilles, atteignant par effet d’ultrasons mes tympans. Le silence fait mal, je n’ai jamais ressenti ça avant. Je me demande ou je suis.

 

Après m’être abreuvé, sentant mon énergie revenir au sommet, j’arpente l’immense colline qui jouxte l’oasis. Je ne sais pas ce qui se trouve derrière, j’espère ne pas être déçu.

 

Il me faut une bonne demi-heure pour grimper, je suis pieds nus et pas vraiment grand sportif, j’ai le ventre lourd car ma gorgée d’eau potable avalée un peu plus tôt a finalement été plus importante que prévue.


Je suis en sueur, éprouvé par la chaleur et l’effort, mais je suis au sommet. J’essuie mon visage balayé par le sable de la colline, soulevé par le vent (...)

 

Je prends le temps de souffler, l’air frais se fait rare et il fait de plus en plus chaud. Le silence reste mon seul compagnon, je n’ai pas d’autre solution que de lui parler.


 Il ne me répond pas franchement, il me laisse me débrouiller, debout devant cette maudite porte.

Je fais marche arrière, une nouvelle fois.


 Je poursuis ma quête en essayant de comprendre ou je suis, je marche de longues heures durant et retombe sur l’oasis. Je n’ai pas grimpé de colline, ce n’est sans doute pas la même.

 Mais, avant de me pencher pour me laver le visage, je devine mon reflet dans l’eau. Il est resté imprégné de mon passage précédent. (...) 

***

 

*** Extraits de mon recueil de nouvelles regard(s) - récits et nouvelles, à paraître prochainement aux éditions Lulu. 


Par Michael Kuntz - Publié dans : Littérature
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Samedi 10 avril 2010 6 10 /04 /Avr /2010 14:20

ALICE AU PAYS DES MERVEILLES
Film américain de Tim Burton
Fantastique - couleur/3D
Durée: 1h49
Année: 2010 

http://www.docslumpy.info/ddd/wp-content/uploads/2009/12/affiche-alice-au-pays-des-merveilles.jpg


Alice est une petite tête à claque, c'est bien connu. Faire le même rêve pendant 13 ans et emmerder le monde, voilà de quoi vouloir lui flanquer une petite pichnette sur le front ou lui marteler les fesses à coup de fouet. 

Chez Tim Burton, c'est encore pire que ça, elle est agaçante, frustrante, occupant l'écran avec sa naïveté de petite fille bourge qui déteste la noblesse mais qui rêve d'un monde rempli de couleurs et de fantasmes inaccessibles. 

Chez Tim Burton, Alice ressemble à une malade atteinte du cancer en phase terminale, visage blanc couleur poudre de lessive ajax, elle fait des pieds et des mains pour se plonger dans son rêve, sans doute pour oublier sa vie ratée. 

Les premières minutes sont remplies d'un humour usé jusqu'à la moelle, un univers so british déjà dépassé par 1 500 000 autres films. Noblesse contre valeurs traditionelles, vu, revu, corrigé et re-corrigé. Aucun intérêt donc, à part celui de démontrer ipso facto que le film vante les mérites d'un monde imaginaire contraire en tout point à la réalité. 

J'ai vu mieux en matière de métaphore. 

Ceci étant, passons sur ce point qui aurait pu n'être qu'un petit bémol habituel au cinéma ne véhiculant qu'une image tronquée de l'amérique puritaine. Pas de quoi fouetter un chat, si le reste est à la hauteur. 

Hélas, le bas blesse une nouvelle fois. Le scénario est écrit sur trois lignes, reprenant, pastichant même, l'univers de Lewis Caroll avec ignominie. Quid de l'imaginaire ? Il ne reste qu'un bric-à-brac d'effets spéciaux décortiqués jusqu'à l'os, épuisés, poussés jusqu'à la surenchère. 

Preuve en est avec une scène finale atroce, Alice chevauchant son armure et son épée magique affrontant un dragon qui crache du feu rose. La 3D renvoyant alors à Soul Calibur, jeu vidéo de combat à l'arme sortit jadis sur Dreamcast. 

Une scène ignoble durant laquelle les improbabilités, les incohérences, s'enchaînent avec une certaine efficacité. 

Comment la tête d'un dragon peut rebondir sur des escaliers en colimasson sans décoller de ceux-ci ? La tête suit le parcours idéal, arriver aux pieds de la gentille soeur reprenant son trône devant une reine abasourdie. 

D'un kitch osé, étonnemment accepté et bêtement montré. 

Qui plus est, l'ensemble du film joue sur le désavoeu d'un Tim Burton fatigué, manquant cruellement d'audace et d'idée, et même ici, de talent. 

La mécanique Burtonienne est rouillée, vidée de tout son intéret à force de vouloir reproduire à l'identique, le même schéma depuis trop longtemps; 

Alice a connu autant d'autres versions bien meilleures, à commencer par celle de Disney. Malgré une volonté de coller à l'univers de Caroll, le cinéaste oublie de s'en détacher et d'aposer un vrai regard. 

Même Johnnie Depp ne semble pas à son aise, obliger d'en faire des tonnes pour impressionner le spectateur. Ridicule tout du long, il n'esquisse même pas le sourire. 

Tout semble artificiel, manipulateur. Il ne reste qu'une succession de belles images avec un grand creux au milieu. 

 

Ma note: 0/5

Par Michael Kuntz - Publié dans : Cinéma
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Vendredi 26 mars 2010 5 26 /03 /Mars /2010 07:36
THE GOOD HEART 
Film islando-américain de Dagur Kari
Drame - Couleur
Durée: 1h35
Année: 2010


http://www.ioncinema.com/old/images/user/news_4421_user_21205. 

Dagur Kari est d'ores et déjà rentré dans l'histoire. Plusieurs raisons à cela, d'abord parce qu'il est islandais, et qu'il a donc la chance (ou la malchance c'est selon) d'appartenir à une terre insulaire qui n'est pas réputée pour sa forte production cinématographique. 
Alors, réussir à faire du cinéma est déjà un premier exploit. Le second se situe au niveau de la qualité de son cinéma. 

Que ce soit "Noi Albinoi" ou plus récemment "Dark Horse" il va s'en dire que Dagur Kari possède un vrai univers, à mi-chemin entre les rêves et la réalité. 

Un bric-à-brac plaisant, une inventivité exacerbée, un onirisme certain pour un résultat détonnant de complexité et de légèreté. 

Kari est aussi entré dans l'histoire pour avoir su franchir les portes d'Hollywood. Peu d'islandais ont réussi ce troisième exploit. 

"The Good Heart" est la manifestation de cette réussite, du moins dans son entreprise, car d'un point de vue cinématographique, le film frôle le raté. 

Je dis frôle car il ne faut pas exagérer, Dagur Kari réussit plusieurs moments dans le film. Quelques belles séquences, notamment lorsqu'elles sont ponctuées d'humour absurde, fief de l'art Karien depuis ses débuts. 

J'ai adoré par exemple les scènes avec le canard. Surréalistes au possible, totalement hors propos, et c'est ça qui marche. 

Le sujet est grave, trop grave peut-être pour un cinéaste optimiste. Kari, à part à de rares exceptions, perd son humour et donc - sa distance - sur le thème. 

Ce dernier, d'ailleurs, n'est pas sans rappeler un certain "7 Vies" de Gabriele Muccino. Surtout l'idée finale, qui apporte sans vraie surprise, un soupçon d'humanité et d'espoir. Mais la démarche est assez laborieuse, surtout au niveau de l'écriture. 

C'est là le principal problème du film, à mon avis. La mise en scène étant nettement supérieure à la narration, le cinéaste patauge dans l'envie de sortir toutes ses tripes, hélas flanqué d'une tare scénaristique qu'il n'arrive presque jamais à traiter avec brio. 

Reste un film qui se laisse voir, une seule fois sans doute. Car la seconde vision laisserait encore davantage de frustration, révèlerait plus en amorce encore la succession de (petits) défauts qui gâchent une oeuvre qui aurait méritée un traitement plus complet et plus abouti. 

Kari déçoit plus qu'il n'enchante pour son passage outre-atlantique. Gageons qu'il s'agisse d'une unique vaine tentative de convaincre et souhaitons lui prompt rétablissement, ici ou ailleurs, pour qu'il recouvre sa superbe. 

Ma note: 1/5 
Par Michael Kuntz - Publié dans : Cinéma
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Mercredi 10 mars 2010 3 10 /03 /Mars /2010 20:16

LA RÉTROSPECTIVE ROMAN POLANSKI - Événement sur Regard(s) 

Film britannique de Roman Polanski
Thriller - Noir et Blanc
Durée: 1h45
Année: 1966

http://medias.fluctuat.net/films-posters/1/3/13817/cul-de-sac/affiche-1.jpg

Une route désertique empruntée par deux gangsters nigauds, c'est sous cette forme que s'ouvre le troisième long-métrage de Roman Polanski dans lequel s'affirme, s'aiguise, le génie du cinéaste. 

D'entrée de jeu, le ton se veut volontairement burlesque, confirmé au bout du premier quart d'heure, malgré une écriture qui privilégie la quête du suspense et du huis-clos. 

Le réalisateur du "Couteau dans l'Eau" revient sur le thème de l'incrustation. Ici, deux gangsters de bas-étage qui s'invitent dans la demeure d'un couple. 

Polanski surfe sur la vague de ses premiers amours en choisissant une mécanique psychologique, teinté d'un soupçon de paranoïa, faisant écho au film précédent "Répulsion". 

"Cul-de-sac" c'est évidemment pour signifier une voie sans issue, un étouffement progressif de la cellule familiale, manipulée comme des pions sur un échiquier. 

L'incrustation du duo gangster se fait sans laisser le choix, sans résistance possible, comme une réalité qui s'impose et à laquelle on n'échappe pas. 

Le propos est dramatique, la mise en scène d'une grande légèreté. Pas une scène ne vient contre-balancer la logique narrative. Celle-ci offrant deux lectures possibles: 

La première: Tragique. Comment un couple peut se laisser surprendre de la sorte et ne pas réagir ? 
La seconde: Burlesque. Comment un couple fait-il pour laisser deux idiots s'accaparer leur maison ? 

La dramaturgie polanskienne fait alors un effet double. Il y a deux forces contradictoires qui semblent s'assembler et fonctionner à merveille. Ce sont celles de la comédie, du burlesque, et la triste réalité, l'impuissance. 

Le cinéaste balaye d'un coup de vent les effets de style, il reste neutre, logique, cohérent. Il ne cherche pas le discours mais souligne l'absurdité. 

Il y a aussi la différence des classes sociales exposées ici en filigrane. Les hautes sphères et les bas-fonds, Ceux qui laissent traîner de la bouffe dans les plats et ceux qui lèchent les restes. 

Tout le talent de Polanski est d'offrir ça avec humour et réflexion. 

Il n'a pas son pareil pour faire d'une situation alarmante, un moment de cocasserie et de burlesque. 

La voiture qui se fait submerger lentement par la marée haute avec un gangster coincé à l'intérieur au regard médusé. L'arroseur arrosé, en somme. 

Des séquences comme ça, il y'en a d'autres. Le truand qui répète mille fois le nom d'un interlocuteur au téléphone, une échelle qui craque, un homme qui se déguise en femme etc... 

Le rythme semble millimétré, laissant sa place à chaque élément de l'histoire. Les motifs comiques et tragiques se succèdent, s'imbriquent, s'opposent. 

Tout ça avec une rare élégance du propos et de la mise en image. 

Une leçon de cinéma par un maître du septième art.

Note: 5/5 
Par Michael Kuntz - Publié dans : Cinéma
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Vendredi 5 mars 2010 5 05 /03 /Mars /2010 14:19
Film français de Roman Polanski
Thriller - Couleur
Durée: 2h08
Année: 2010

http://www.prestigium.com/local/cache-vignettes/L302xH425/arton1435-32d8b.jpg


Pour le moins que l'on puisse dire "The Ghostwriter" est un peu la cerise sur le gâteau. 

Si Roman Polanski est en ce moment même assigné à résidence, en Suisse, son film, lui, s'accorde une liberté magistrale. 

L'histoire est assez simple, son traitement en revanche, d'une très grande complexité. La construction narrative n'est pas sans rappeler les plus belles et les plus torturées des oeuvres d'Alfred Hitchcock. 

Une évolution du personnage qui ne comprend rien à ce qui se passe - en même temps que le spectateur - et qui se voit plonger dans l'angoisse toute relative du mystère. 

Une enquête sur la disparition du premier "Nègre" d'Adam Lang, ex-premier ministre fictif britannique qui n'en est pas vraiment une, ou plutôt, qui prend les allures d'une enquête malgré elle. 

Car le pauvre "ghostwriter" qui remplace le précédent vit dans son ombre. L'ombre de l'ombre, le fantôme qui ère ça et là, sans réelle existence, sans reconnaissance, assigné lui aussi - comme Polanski - à résidence. 

Sa mission, réécrire des mémoires autobiographiques de plus de 600 pages, pour la plupart, un tissu de mensonges et de faux-semblants. 

Alors, en dépit de la difficulté, le "Ghostwriter" s'accorde le droit de véto, s'autorise une existence et part à la recherche des indices laissés vacants par son prédécesseur. 

Polanski revient au sommet. Le même, à peu de choses près, qu'à ses débuts. Comment ne pas repenser au cataclysme triangulaire du "Couteau dans l'Eau". 

La présence de cette même eau, d'ailleurs, suffit à asseoir la comparaison. L'eau de tous les dangers, insaisissable, opaque, mortelle. 

La pluie, aussi, qui vient troubler l'enquête, apportant la touche hitchockienne liée aux éléments de la nature qui se déchaîne, trouble la vue, les sens, les repères. 

Et puis, la rythmique du film, l'inplacable perfection de la mise en scène. Comment ne pas la reconnaître ? Impossible ! 

Tout est millimétré, impertinent, rigoureusement maîtrisé et d'une certaine façon, fidèle au cinéma d'antan, celui des Welles ou des Hitchcock. Un cinéma classique, âpre, techniquement et thématiquement abouti. 

L'oeuvre Polanskienne prend ici encore une fois tout son sens. Assurément l'une des oeuvres les plus marquantes de la décennie, pour sa justesse et son professionnalisme. 


Note: 5/5 
Par Michael Kuntz - Publié dans : Cinéma
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Mercredi 3 mars 2010 3 03 /03 /Mars /2010 12:41
http://4.bp.blogspot.com/_5HeGeE_QhSs/S2mOreGjzcI/AAAAAAAAAMU/ZWwhmeAXs-w/s320/COVER_Aswefall+-+Fun+is+dead.jpg


Le hasard fait (souvent) bien les choses. Preuve en est avec la dernière mouture des Aswefall, le duo parisien composé de Clément Vaché et Léo Helden. 

Parfaits inconnus dans mon bataillon avant cet album, les voilà bien ancrés dans le siège des indispensables à ma discothèque.

9 morceaux, pas un de moins, pas un de plus. 9 morceaux d'une froideur et d'une rigueur implacable, voilà le sacerdoce imposé par le groupe au détour d'un album prenant, planant, qui se permet une écoute agréable dès les premiers instants.

Nul besoin de connaître les sons précédents d'Aswefall pour se laisser hisser au sommet de l'élégance formelle. Une tonalité juste alliée à des sonorités atypiques, grosses caisses ou éclatemements minimalistes, guitares et instruments réels oscillant et s'imbriquant aux accents électroniques.

Pas de doute, cette électro là, je l'aime. Puissance et émotion, justesse et simplicité, complexité des "tunes" et alliances dangereuses d'expérimentations et de valeurs sûres.

Le morceau "shadows of Love" tire son épingle du jeu, audace des notes, savoureux mélange de synthétique et d'organique.

Décidemment, au rayon musiques électroniques l'année démarre rigoureusement bien. Gageons que cela dure.


Note: 4/5
 
Par Michael Kuntz - Publié dans : Musique
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Mercredi 3 mars 2010 3 03 /03 /Mars /2010 11:11

Film américain de Martin Scorsese
Thriller - Couleur
Durée: 2h17
Année: 2010

http://cine-serie-tv.portail.free.fr/actu-cine/23-07-2009/shutter-island-le-poster-ou-il-manque-du-monde/shutter_island_5.jpg

Shutter Island est un film relativement bon, pas question de crier au chef d'oeuvre ni d'enlever les qualités certaines qu'il renferme. 

Si l'entreprise Scorsesienne est différente de ses prédécentes oeuvres, il est toutefois assez aisé d'y reconnaître sa patte. 

La notion de chute d'abord, plutôt bien ficelée. Pas de précipitation dans la démarche, malgré quelques faiblesses que je situe au niveau de l'écriture, moins de la mise en scène. 

La faute au scénariste alors ? Là est la question car la mise en scène relève le défi plutôt efficacement, mais en tant que superviseur et donc, première pièce de l'échiquier, j'attendais plus de perfectionnisme et de rigueur de la part de Marty. 

Mais j'avoue ma mauvaise foi générale. C'est d'ailleurs le cas lors d'une nouvelle oeuvre d'un grand auteur. Qu'il soit de l'ancienne génération ou de l'ère contemporaine, le degré d'exigence que l'on place envers un cinéaste de gros calibre n'est assurément pas le même qu'un petit cinéaste de pacotille. 

Alors l'effet tronqué de l'attente vire à l'obsession, le besoin d'être rassasié à tout jamais. 

Ce n'est pas le cas avec Shutter Island, qui bien que défendant ardemment ses qualités, manque de ce petit quelque chose qui ferait la différence d'avec les "petites" oeuvres, brouillonnes ou légères. 

Mais comme je suis de mauvaise foi, cet avis n'a lieu que de manifeste introspectif. 

En tant que film, le résultat est plutôt bon et frôle parfois même l'excellence. (Magnifique première séquence de rêve, pluie de cendres et lumière crépusculaire). Je ne connaissais pas un Scorsese si esthète, voilà une belle surprise qui montre qu'il évolue avec son époque. 

Des grands moments: la montée progressive de l'angoisse, l'intrônisation de la folie qui laisse des questions en suspend et tant d'autres choses. 

Et puis, une belle audace de composer avec le rétro. Musique, effets sonores, montage. Voilà un trio ergonomique. 

Scorsese le cinéaste d'époque, celle des chefs d'oeuvre à foison. Scorsese l'exigeant, qui tente de faire renaître son cinéma dans une époque qui sombre dans le tout numérique et dans le cinéma clé en main.

Je lui reconnaît la manière, la procédure, l'audace de l'authenticité tout en allant chercher le risque, car voilà un genre auquel il ne nous avait pas habitué. 

Shutter Island ou le moins abordable des Scorsese, pour celui qui tenterait de pénétrer son univers et l'analyser, et pourtant, un film qui transpire bon ses thématiques les plus chères. Pas totalement personnel, mais loin d'être impersonnel. 

Shutter Island c'est un peu le cul entre deux chaises. Suffit de savoir sur laquelle on souhaite s'asseoir.


Ma note: 3/5 

Par Michael Kuntz - Publié dans : Cinéma
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